Le jardin plume et les jardins naturalistes

jardin plume -jardin naturaliste

Cet été, au mois de juin, je suis allée visiter le jardin plume situé à Auzouville-sur-Ry près de Rouen en Normandie. Créé en 1996 par Sylvie et Patrick Quibel, le jardin plume a ouvert au public en 2002. Ce jardin crée dans le style naturaliste est une vraie source d’inspirations autant sur sa forme que sur les plantes qui le composent. Si comme moi vous aimez les jardins au style naturel, voici à l’aide de cet exemple si beau du jardin plume, une description des jardins naturalistes.

Dans cet article nous allons voir :

  • Ce qu’est le jardin plume
  • Zoom sur les jardins naturalistes
  • Pourquoi est-ce intéressant pour les environnements urbains?

Qu’est-ce que le jardin plume?

La pépinière

L’entrée du jardin donne sur la pépinière. Celle-ci est particulièrement belle, affichant une varieté de plantes vivaces et de graminées qui annoncent instantanément le ton du jardin !

La grande prairie et le miroir d’eau

La forme générale du jardin plume conserve l’esprit du lieu sur lequel il a été créé :  un verger et une zone de pâturage pour les moutons. Entre les arbres fruitiers d’origine, qui ont été conservés, des carrés de prairie. Ces derniers sont délimités selon un modèle de jardins classiques par des chemins tondus. La végétation ici, constituée de flore sauvage indigène ainsi que de plantes et bulbes non spontanés, est fauchée chaque année à l’automne. L’ensemble donne une impression d’organisation et de flou, sur fond de ciel bleu et de nuages. On se croirait dans un tableau !

Devant la zone d’habitation et placé au centre de l’axe de la perspective, le grand bassin carré creusé au ras de la pelouse reflète les arbres, le ciel et la lumière comme dans un miroir.


La grande prairie est laissée ouverte vers le sud. Tout autour sont agencés plusieurs jardins, délimités par des haies plus ou moins sculptées de buis, de charmes…

Le jardin d’été

Depuis la zone d’habitation le jardin d’été offre une saisissante perspective sur la prairie. Celui-ci, de forme classique, contient des carrés de fleurs de couleurs vives dominés par des tons rouges, jaunes et oranges et bordés de buis. Malgré cette structure organisée, les fleurs débordent des carrés et ont le droit d’investir le chemin.

Les jardins de printemps et d’automne

Entre l’ancienne charretterie et l’habitation, l’allée bordée par des buis taillés en boule, forme le jardin de printemps. Après l’explosion printanière, celui-ci offre une impression de douceur, au moyen de floraisons dans les tons clairs : le vert du buis et autres feuillages, le blanc du lychnis, le beige des graminées géantes (stipas, grandes molinies) et le jaune des Euphorbes ceratocarpa.

Le jardin d’automne situé après le jardin d’été, n’est pas encore arrivé à maturité lors de ma visite mais promet une explosion de végétation. On ressent nettement cette impression d’enfants jouant dans un jardin où tout est grand, chère aux concepteurs. Les papillons et autres polinisateurs sont d’ailleurs déjà en place !

Le jardin plume

Probablement un de mes préférés. Derrière une haie de buis taillée en forme de vague, on se promène au milieu de grands espaces composés de graminées et de vivaces géantes. Un mélange de densité de forme, de couleur et de légèreté apportée par le mouvement de la haute végétation (thalictrum, altheas cannabina, veronicastrum,…)  confère au lieu un doux sentiment de bien-être.

Le jardin des fleurs

Plantées en lignes, Lavandes et buis bordent les allées de cet ancien potager clos.  Au centre des carrés, un surprenant foisonnement de plantes fleuries, des assortiments de couleurs réussis qui font rêver tous jardiniers…Les cannes à pêche des anges, des variétés anciennes de pois de senteurs à tomber, les briza, des pavots, molènes, pour n’en citer qu’une infime partie…

Le cloitre de miscanthus, l’allée des épilobes et les carrés de graminées américaines

Dans le prolongement du jardin de fleurs, un labyrinthe de graminées géantes dissimule un bassin au bord duquel nous sommes invités à nous asseoir.  C’est le cloitre de miscanthus géants.

L’allées aux épilobes, et le jardin de fougères forment un sous-bois où Ancolies et Astrances se conjuguent notament au graphisme des feuilles de Fougères et d’Euchères, sur un tapis d’aspérules odorantes.

Enfin, dans la continuité, le carré des américains nous fait découvrir des graminées et autres vivaces d’Amérique du nord.

Je vous conseille de vous rendre en Normandie pour visiter le jardin plume. Les infos pratiques ici : https://lejardinplume.com/?page_id=372.

Les jardins naturalistes, inspiration du jardin plume

L’inspiration première de S. et P.  Quibel sont les jardins italiens et anglais qu’ils ont explorés en détail (jusqu’à en prendre les dimensions sur place!) mais aussi l’architecture et la peinture (pour le travail des couleurs notamment, on le comprend aisément!). Par la suite, trouvant les jardins anglais un peu trop figés, les deux créateurs se sont tournés vers les jardins d’influence hollandaise pour concevoir le jardin plume.

Les précurseurs de la ‘vague Hollandaise’

Cette mouvance appelée ‘vague Hollandaise’ (‘dutch wave naturalist’) apparait dans les années 1970.  Parmi les précurseurs de ce mouvement qui ont inspiré nos deux créateurs du jardin plume, il y a notamment Hens Gerritsen, mais aussi Piet Oudolf, et le peintre paysagiste Ton Ter Linden. Piet Oudolf est indéniablement le paysagiste le plus acclamé de ce mouvement. Leurs travaux tournent autour de l’idée d’une nature qui évolue de facon spontanée dans un environnement et un placement réfléchi des plantes.

Les fondements 

A l’origine de leur mouvement, les principes suivants :

Créer un environnement plus naturel dans les jardins basé sur l’observation des plantes dans leur environnement d’origine. Ceci permettant d’initier une réflexion sur la création d’espaces à partir de plantes sauvages et d’extraire leur essence esthétique.

Travailler conjointement avec la nature. Ces espaces sont le fruit d’une collaboration entre l’homme et la nature et leur approche est :

  • de laisser faire la nature, de l’observer et s’en inspirer.
  • d’utiliser les plantes sauvages (annuelles, vivaces dont graminées) mais aussi des plantes cultivées non indigènes.
  • de ne plus considérer les jardins comme des espaces figés. En favorisant les semis spontanés et autres moyens de propagation, ils sont en perpétuel mouvement. On laisse ainsi la nature participer au processus de design du paysage ou des jardins.
  • Cela nous amène à nous intéresser aux interactions entre les plantes et à la notion de phytosociologie. Une discipline qui étudie les groupements d’espèces végétales et leurs interactions avec les milieux. Basée sur le constat que les espèces végétales ne se répartissent pas au hasard et que l’on retrouve souvent les mêmes espèces dans les mêmes milieux.

Par cette approche, on favorise la création de zones écologiques oú les végétaux évoluent dans un environnement plus proche de leurs milieux naturel. La nature n’a alors pas besoin de produits phytosanitaires pour survivre.

Un jardin naturaliste en ville?

Le travail de ces pionniers et le succès des jardins de Piet Oudolf a ouvert les esprits sur la notion de plantation naturaliste dans les jardins et les environnements urbains. En effet sur ses projets, dont le plus connu est le parc de la High Line à New-York, Piet Oudolf a initié une réflexion sur les reconquêtes de territoires perdus (friches industrielles, voies ferrées) par une végétation spontanée.

Avant de concevoir le parc de la High Line sur cette ancienne ligne de chemin de fer désafectée selon le modèle de la coulée verte à Paris, Piet Oudolf a étudié la végétation spontanée qui s’y était installée au fil du temps. Constatant que la végétation qui y pousse abritait une diversité considérable, il a pu créer ce jardin où se mèlent avec foisonnement et élégance une nature d’aspect sauvage et une nature constituée de plantes horticoles.

A la dimension écologique urbaine, s’ajoute une dimension sociale, la réhabilitation de la ligne de chemin de fer a permis de revitaliser le quartier de Chelsea, ainsi que les quartiers voisins.

Pour visualiser le travail de Piet Oudolf, je vous conseille de visiter son site internet https://oudolf.com/ ainsi que son compte instagram

En conclusion

La visite d’un jardin est toujours une source d’inspiration pour créer son propre jardin. Le jardin plume en est un bon exemple. Sa visite nous offre différentes idées d’aménagement ainsi que la découverte de nouvelles plantes.

Cela nous permet également de découvrir les inspirations : ‘les jardins naturalistes’ et les inspirateurs : ‘la vague hollandaise’, à l’origine de sa création.

Les jardins naturalistes et notament le travail du paysagiste Hollandais Piet Oudolf interrogent notre rapport à la nature en général et dans les villes en particulier.

Et vous, le jardin plume vous inspire t’il aussi? Que pensez-vous des jardins naturalistes? Souhaitez-vous créer un jardin de ce type chez vous? Ou juste vous inspirer de ses plantes? Laissez-moi un commentaire en remplissant le formulaire ci-dessous pour me faire part de vos remarques, toujours précieuses.

Si vous souhaitez créer un jardin naturaliste en ville, vous trouverez dans cet article quelques clés d’aménagement.

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4 réponses à “Le jardin plume et les jardins naturalistes”

    • Je t’en prie Bory! 😉 Oui ce jardin est vraiment très beau, je te conseille d’aller le visiter si tu passes dans la region de Rouen…

  1. Très intéressant et inspirant, ce blog de jardinier, mêlant de bonnes idées et épices, une initiation à l art du jardin en ville,matinée d un regard graphique, artistique, proposant quantites d échappées, tableaux, references…errances urbaines et jardinières.
    Je vais suivre.

    • Merci beaucoup Dominique 😊, ravie que cela te plaise! N’hésites pas si tu as des besoins particuliers!

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