Créer un jardin en ville

Que planter sous un arbre?

Du fait du manque d’espace dans les jardins de ville, devoir planter des végétaux sous un ou plusieurs arbres est une situation fréquemment rencontrée en milieu urbain.

D’ailleurs beaucoup d’entre nous ont déjà été confrontés à la situation suivante : suite à un achat (souvent compulsif :)) en pépinière, nous plantons arbustes et vivaces au pied d’un arbre de notre jardin. Puis rapidement le pied se dégarnit. Et nous pensons que les plantes manquent d’eau ou d’engrais. Malgré tous nos efforts la situation s’aggrave et nous réalisons que les plantes ne survivront pas. Les plus hardis recommencent et retentent l’expérience plusieurs années de suite avec beaucoup d’échecs tandis que d’autres abandonnent, décrétant ne pas avoir la main verte…

Pourtant saviez-vous qu’il existe de nombreuses espèces capables de survivre sous les arbres, même sous les arbres les plus imposants là où plus rien ne semble vouloir pousser?

Dans cet article, nous allons d’abord explorer les raisons qui rendent si délicat l’aménagement d’un jardin sous un arbre. Puis nous présenterons des exemples illustrés mettant en avant l’importance cruciale du choix des plantes, notamment dans le cas de pieds d’arbres les plus difficiles à aménager. Enfin nous partagerons des conseils pratiques de plantation et d’entretien pour favoriser l’épanouissement des végétaux aux pieds des arbres…

Table des matières

Pourquoi est-il si compliqué d’aménager le pied d’un arbre?

Comprendre l’environnement sous les arbres

Commençons par comprendre à quels facteurs et quelles contraintes les végétaux plantés sous un arbre doivent-ils faire face.

Le manque de lumière

L’ombre générée par la présence de l’arbre est un des premiers facteurs capable de ralentir la croissance des plantes situées au pied de l’arbre. Les branches et les rameaux de l’arbre portants les feuilles font obstacle à la lumière et empêchent les végétaux de recevoir l’énergie du soleil nécessaire à leur croissance (via la photosynthèse). La quantité de lumière reçue par les végétaux sous l’arbre dépendra alors de la taille, de la densité du feuillage, ainsi que de la quantité d’arbres présents sur le terrain. En effet, la luminosité sous plusieurs grands Chênes ne sera pas la même que sous un petit arbre de forme érigée et peu large

Alors si vous êtes vraiment gênés par la densité du feuillage, vous pouvez commencer par élaguer quelques branches de l’arbre afin de faire rentrer la lumière.

La compétition racinaire

Les racines des végétaux puisent l’eau et les nutriments présents dans le sol. Lorsque différentes espèces sont présentes sur un terrain, on observe un phénomène de compétition racinaire entre elles pour l’accès aux ressources du sol (l’eau et les nutriments) et à l’espace. Lorsque des arbres sont présents, leurs racines absorbent l’eau et les nutriments en priorité, limitant l’accès des autres espèces à ces ressources. Ceci est particulièrement important au pied des grands arbres. Dans ce cas, il faut choisir des espèces peu exigeantes et capables de vivre en compétition avec les racines de l’arbre. C’est ce qu’on appelle dans le vocabulaire horticole «l’ombre sèche », qui ne signifie pas forcément que le terrain est sec mais que l’arbre monopolise les ressources au détriment des autres espèces présentes. On abordera ce cas particulier dans le prochain paragraphe.

Notons que la présence de racines superficielles peut également rendre la plantation difficile en réduisant l’espace destiné à la plantation. 

Cas des conifères

Dans le cas où le jardin de ville est composé de conifères, on a coutume de dire qu’il nous faut composer avec l’acidité du sol. Les aiguilles des conifères en décomposition augmenteraient l’acidité du sol en surface, rendant la croissance des plantes non adaptées aux sols acides difficiles. Or le changement d’acidité par la présence d’aiguilles en surface est remis en cause par des études scientifiques. Dans la nature, le pH du sol n’est semble-t-il pas modifié car c’est la roche mère (la roche en profondeur dont le sol est issu), le climat notament qui le définissent. Et alors quid des aménagements sous les conifères? Finalement, les conifères sont soumis aux mêmes contraintes que les autres arbres à feuillage à savoir l’ombre et la compétition racinaire décrits précédemment. 

Compte-tenue de ces différents facteurs, il n’existe alors pas un seul environnement sous les arbres mais plusieurs. En effet, la forêt est représentée par plusieurs écosystèmes : tels que le bois et la lisière, où chacun étant plus ou moins humides, frais ou secs. On peut imaginer aisément que pour les jardins de ville, c’est pareil et qu’il n’existe pas une seule mais plusieurs façons d’aménager sous les arbres en ville. Selon si l’environnement de son jardin est humide ou pas, s’il est composé d’un arbre ou de plusieurs, et si les espèces sont des chênes ou des pins…

Nous allons voir maintenant quelques exemples non exhaustifs d’aménagements au pied des arbres et quelques plantes particulièrement adaptées aux pieds d’arbres…

5 exemples d'aménagements aux pieds des arbres

Aménager un pied d’arbre en ville est un vrai défi certes! Mais quand on y pense la nature regorge d’exemples de beaux espaces arborés (allant du sous-bois, à la lisière de forêt, ou bien la forêt tropicale), où l’on voit les arbres côtoyant de nombreuses espèces, où la biodiversité est riche et colorée dans des environnements pourtant ombragés, compacts et compétitifs…Alors pourquoi pas notre petit jardin de ville?

Pour vous montrer que c’est possible voici 5 exemples d’aménagement de pieds d’arbres sélectionnés exprès pour les environnements urbains. 

Pieds d'arbres fleuris

Parmi les exemples de plantes à fleurs que l’on peut planter sous un arbre, il y a les bulbes tels que les jacinthes, les anémones des bois, les narcisses ou bien les cyclamens qui tapissent les lisières de forêts...Ces derniers confèrent un effet poétique de sous-bois à notre jardin. Ils se plaisent particulièrement en bordure d’arbres et de grands arbustes dans des sols plutôt humifères. C’est à dire dans des sols plutôt riches en matière organique (noirs, odorants, légers) tels que ceux que l’on rencontre dans les sous-bois de forêt.  Ces plantes ont la faculté de se développer rapidement et sont ultra faciles à cultiver dans des petits recoins entre les racines. Un choix idéal pour les jardiniers débutants mais aussi plus expérimentés.

Ces plantes apportent de la couleur à l’ombre des arbres des jardins de ville. Si l’arbre est à feuillage caduque, prévoyez de planter dessous des espèces ou des bulbes à floraison précoce (Perces-neiges, Chionodoxas…). Ainsi ils profiteront du soleil avant l’apparition des feuilles de l’arbre. 

→ Besoin d’idées de plantes à fleurs pour l’automne ou de vivaces à floraisons longues pour votre jardin de ville? 

Arbustes et feuillages décoratifs pour pieds d'arbres ombragés

l’Aralia du Japon (Fatsia japonica) et la plante panthère (Farfugium japonicum), sont deux options parfaites pour apporter une touche d’exotisme à votre jardin de ville ombragé. Elles forment toutes deux de grandes feuilles luisantes qui ne passent pas inaperçues, et apportent un effet graphique instantané aux massifs en lumière tamisée ou à l’ombre d’un arbre. Les hampes florales de la plante panthère sont composées de petites fleurs de couleur jaunes apparaissant à l’automne. C’est une plante très intéressante en couvre-sol luxuriant. Il a cependant l’inconvénient d’être de rusticité moyenne (son feuillage gèle autour de -7°, tandis que la souche résiste à -15°) et de nécéssiter un environnement plutôt humide. Le Fatsia, quant à lui structure à lui seul un espace ombragé sous les arbres. Avec sa grosse feuille très découpée, de croissance rapide, il forme assez vite un buisson imposant. Son seul inconvénient : étant de rusticité moyenne (-10-15°), une partie de son feuillage peut subir le gel mais il repartira ensuite au printemps. La variété panachée ‘spider web’ est aussi très intéressante pour éclairer un coin d’ombre.

Couvre sols persistants

Tout comme les plantes à bulbes, les vivaces couvre-sol persistantes comme le lierre (Hedera helix) et les pervenches (Vincas major ou minor) sont robustes et se propagent bien, formant un tapis verdoyant même dans les zones ombragées. Les pervenches peuvent même fleurir lorsque quelques rayons du soleil traversent le houppier de l’arbre.

Sous les arbres fruitiers : un jardin-forêt urbaine-comestible!

Et si vous avez la chance de disposer d’arbres fruitiers ou que votre jardin de ville est suffisamment grand pour abriter une (mini) clairière, vous pouvez aménager un jardin-forêt urbaine-comestible!

Figuiers, muriers, cerisiers, cognassiers, pommiers, etc….sous lesquelles vous pouvez associer des arbustes à baies, des vivaces et fleurs comestibles mellifères mais aussi des plantes aromatiques : sureau, amélanchiers, prunus, muriers sauvages ou non, fraisiers, oseille, rhubarbe, ciboulette, romarin, bourrache…etc

Issue de l’agro-écologie, la forêt-jardin comestible permet d’associer des espèces qui génèrent des associations favorables : l’arbre souvent caduque apporte de l’humus au sol (via ses feuilles qu’il convient de laisser composter au sol) et génère un environnement favorable à la culture d’espèces au-dessous en employant des méthodes de permaculture. La forêt-jardin permet de s’alimenter sainement tout en créant de la biodiversité en générant plusieurs strates végétales.

Solutions pour jardins difficiles : cas particulier de l'ombre sèche !

Et enfin voici les championnes des plantes résistants au pieds des arbres les plus difficiles à aménager : les plantes pour ombre sèche. L’ombre sèche est un environnement particulier que l’on rencontre sous les grands arbres où les plantes peinent à se développer du fait de la concurrence racinaire.  

Ophiopogons, Liriope et Carex ont la capacité à prospérer à l’ombre sèche. Ce sont des vivaces incontournables des jardins urbains à l’ombre des grands arbres.

Le Liriope se couvre de petites fleurs en épis violettes, lilas ou blanches de la fin de l’été à l’automne. Les variétés à feuillage panaché sont disponibles pour éclairer les zones sombres. Les ophiopogons ressemblent à de la pelouse, et certaines variétés sont même noires, créant ainsi un contraste visuel intéressant. Les carex se distinguent par leur adaptabilité exceptionnelle. Leur facilité d’implantation, leur diversité de tailles et de coloris offre d’innombrables possibilités d’agencements dans votre jardin.

Ces 3 plantes à feuillage persistant forment des touffes compactes avec des feuilles étroites. Elles nécessitent une attention particulière en arrosage pendant la première année mais résiste bien à la sécheresse par la suite. 

Si vous souhaitez plus de hauteur, le fatsia décrit précédemment, mais aussi le Mahonia (dont le mahonia confusa à petites fleurs en photo ci-dessus) sont aussi des arbustes d’ombre sèche qui pourront se développer dans les endroits les plus hardus.

 

Et enfin pour les moins téméraires, si rien ne semble fonctionner malgré vos efforts, vous pouvez aussi envisagez un jardin de style zen, japonais ou chinois avec un sol minéral et quelques plantes robustes en pots.

Quelques conseils de plantations sous un arbre

Pour atténuer les défis liés à l’aménagement de plantes sous les arbres, je vous conseille d’adopter les pratiques suivantes.

L’élagage ou la taille sont une solution, mais cela doit être fait avec précaution pour préserver l’esthétique naturelle des arbres ou des grands arbustes. Tailler les branches par transparence permet aux rayons du soleil de pénétrer sous l’arbre ou sous l’arbuste assurant ainsi la croissance des espèces plantées au dessous. Eliminer les branches basses libère de l’espace et facilite l’entretien régulier.

La préparation du sol joue aussi un rôle crucial. Du fait de la compétition racinaire, apporter à la plantation du compost bien mûr en mélange d’un bon terreau ou d’une bonne terre végétale favorisera le développement des espèces. Le paillage du sol est aussi une bonne pratique car il conserve l’humidité et apporte de la matière organique, créant un environnement propice à la croissance des plantes lors de sa décomposition. Mais attention, certaines plantes n’apprécient pas d’avoir à leur pied une constante humidité ou un surplus de matière organique. Il suffira de respecter les conseils de plantation des espèces aménagées au pied de l’arbre.

A la plantation il est important de planter les végétaux dans un espace suffisant. Choisissez un espace entre deux grosses racines et veillez à ne pas trop endommager les racines de l’arbre. Vous pouvez en couper quelques-unes pour creuser mais soyez raisonnables.

Quant à savoir s’il faut planter des sujets déjà âgés ou des jeunes plants au pied des arbres, il est difficile de donner une règle générale : certaines espèces seront capables de résister à la compétition racinaire même à l’âge adulte. D’autres arriveront à se frayer un chemin au milieu des racines de l’arbre uniquement à état de jeunes plants. La meilleure façon de s’en rendre compte c’est de planter les deux 🙂 ! 

L’irrigation exige une attention particulière et est particulièrement cruciale aux végétaux les premières années. Dans tous les cas, il faudra bien arroser au moment de la plantation afin de faciliter la reprise et surveiller, lors des mois chauds, que les plantes ne souffrent pas trop.

Pour surmonter la compétition avec les arbres, la mise en place de systèmes d’arrosage efficaces tels qu’un d’un système d’arrosage automatique goutte à goutte au pied des massifs est une bonne solution. L’idéal est même d’aménager un système de gestion équilibré des eaux pluviales tels que récupérateur d’eaux pour stocker l’eau d’arrosage ou bien l’installation d’une mare écologique (à l’écart des racines et au point bas du jardin) assurant la gestion des eaux sur place.

Conclusion

Planter sous un arbre peut sembler difficile, mais avec les bonnes plantes et les bonnes techniques, c’est tout à fait possible. L’importance de comprendre l’environnement, de choisir des plantes adaptées et de mettre en place des méthodes de plantation appropriées ne peut être surestimée. En suivant ces conseils, vous pourrez transformer les espaces sous les arbres défraichis en de vrais beaux jardins de ville.

Je n’ai cité ici que quelques exemples de plantes capables de survivre dans ces environnement. Et bien sùr il en existe bien d’autres. N’hésitez pas à vous renseigner auprès de votre pépiniériste préféré. Il/elle saura vous conseiller et vous aidera à réussir vos plantations du premier coup. 

Et vous, qu’en pensez vous? Dites-moi si vous avez déjà été confronté à ce type de plantation dans votre jardin de ville. Avez-vous subi des échecs? Si oui comment les avez-vous surmonté? 

Vous pouvez me faire part de vos remarques, de vos questions, ou de votre expérience en remplissant le formulaire en commentaires ci-dessous. Je ne manquerai pas d’y répondre. C’est important pour moi. 

Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux…:)

2 Responses

  1. Merci pour cet article intéressant ! J’ai un pêcher qui se fait sans cesse envahir par des fourmis. Y’a-t’il une plante que je pourrais utiliser au pied pour éviter cela ?

    1. Merci Marlène. Pour ton pécher, les plantes aromatiques à fortes odeurs du type lavande, tanaisie, menthe, melisse, rue officinale, sont répulsives contre les fourmis. Celles-ci, ayant besoin de lumière, sont à planter généreusement aux alentours de l’arbre si celui-ci fait beaucoup d’ombre. La lavande et la sauge sont très mélifères et facilitent aussi la venue d’insectes prédateurs des fourmis (telles que les guèpes).
      Et enfin, regarde sur ton pêcher si les fourmis sont attirées par la présence de pucerons verts (qu’elles élèvent pour leur miela, une substane sucrée qu’ils secretent) dans ce cas le fait de planter des fleurs à floraison précoces (perce neiges, chionodoxas, narcisses…) attirent les prédateurs avant que les pucerons ne pullulent, ce qui enraye et limite l’invasion. Vive la biodiversité ! 🙂

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